LE PITON DE LA FOURNAISE : VOLCAN ACTIF À LA RÉUNION

Nous sommes partis de la côte ouest avant les premières lueurs, et après deux heures de route, il s’est dévoilé à nous. Nous l’apercevons rapidement depuis la route du Volcan (RF5), ondulant dans une plaine escarpée aux allures martiennes. Le Piton de la Fournaise prend forme sur fond de toile chamarrée de mille nuances ocre vermillon. Il est là, défiant la plaine des Sables, il nous attend. L’air de dire : « En seras-tu capable ? »

Gravir un volcan !

L’expérience est tant unique qu’exaltante : atteindre un sommet se révèle être un noble défi envers soi-même.
Oui, mais celui-là, c’est l’un des plus actifs de la planète…

Vue depuis le Piton de la Fournaise sur les remparts de l'Enclos Fouqué.

FORMATION DU VOLCAN

Massif volcanique actif couronné par le cratère Dolomieu, Le Piton de la Fournaise est le quatrième sommet de La Réunion. Il culmine à 2632 mètres d’altitude et occupe 40% du territoire, dans le sud-est de l’île. Composé de pas moins de 10 cratères, il est sans conteste la star locale ! Il trône fier, tel un immense bouclier retourné sur le sol basaltique de l’Enclos Fouqué. Demeurant le site naturel le plus arpenté de celle qu’on appelle l’île intense, il est inscrit depuis 2010 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

ÉMERGENCE VOLCANIQUE

Vue du Piton de la Fournaise depuis le Piton de Bert.

Il est impossible d’expliquer l’apparition du Piton de la Fournaise sans évoquer son grand frère, le Piton des Neiges. Ceci étant dit, imaginez la surface du globe rompue en 12 fragments de la croûte terrestre (les plaques tectoniques). On compte près de 1700 volcans actifs dans le monde, la plupart étant visibles le long d’une chaîne représentée par la lisière de ces plaques. Seulement quelques-uns se situent en dedans de leurs frontières, et c’est le cas de l’île de La Réunion, logée à l’intérieur de la plaque africaine. On parle alors d’un « point-chaud ».

Pour comprendre ce dernier, il faut plonger dans les entrailles de la Terre, dans son manteau inférieur, à près de 3000 km, là où les températures sont plus élevées encore que dans le noyau terrestre. Des bouffées de chaleur s’en échappent et attisent la matière qui devient moins dense. De la même manière qu’une bulle d’air remonterait dans l’eau, cette matière incandescente se dirige vers la surface en traversant le manteau supérieur. Elle s’étale au niveau de la croûte terrestre (point-chaud), qu’elle finira par percer.
C’est exactement ce qu’il s’est passé il y a 5 millions d’années. La lave a jailli au fond de l’océan Indien puis s’est accumulée jusqu’à ce que le
Piton des Neiges émerge, il y a 3 millions d’années. Il est alimenté par plusieurs chambres magmatiques, la plus élevée se nourrissant de la précédente, et ainsi de suite jusqu’au point chaud. C’est ce que l’on appelle une cheminée. Puis un jour, de ce même point chaud, une deuxième cheminée est née. Le schéma s’est répété et le Piton de la Fournaise a transpercé le flanc de son jumeau, pour s’y accoler comme une excroissance tardive, il y a 530 000 ans.

L’aîné s’est endormi il y a 120 siècles.  

 

Le Piton de la Fournaise, quant à lui, souvent comparé à l’Etna ou au Stromboli en Italie, est un des volcans les plus actifs sur Terre. Il connaît une phase éruptive tous les 8 mois en moyenne et quand bien même, il attire chaque année plus de monde.

Magnétiquement attractif, il incite à traverser l’enclos fulminant au sein duquel il siège.

ÉRUPTIVITÉ ÉVOLUTIVE

Depuis son émergence, le Piton de la Fournaise a maintes fois changé d’apparence, chaque éruption laissant une nouvelle cicatrice sur son visage. Le dernier effondrement majeur que nous lui connaissons remonte à 4700 ans, et il n’est pas des moindres, puisqu’il est à l’origine de la fameuse caldeira nommée « Enclos Fouqué ».
Cet affaissement de terrain grossièrement circulaire s’est produit suite à une importante éruption, vidant la chambre magmatique en totalité. Une fois ce champ ouvert, le volcan s’est effondré dedans, formant une dépression à fond plat et suivant une faille aujourd’hui représentée par les remparts de l’enclos.
Un deuxième glissement a permis l’ouverture de la caldeira sur l’océan, côté est : une zone dénivelée appelée « le Grand Brûlé ». L’Enclos Fouqué prend alors une forme de fer à cheval, délimité au sud par « le rempart du Tremblet », à l’ouest par « le rempart de Bellecombe » et au nord, par « le rempart de Bois Blanc ». Un espace naturel bouillonnant, long de 13 kilomètres, large de 9 kilomètres et profond de 400 mètres au plus haut de rempart. 
Plus récemment et de la même manière en 2007, le cratère Dolomieu s’est évidé. Il était jusqu’alors rempli par des coulées de lave. On pourrait aujourd’hui faire entrer la tour Eiffel à l’intérieur ! Une excavation spectaculaire de 1000 mètres de long sur 750 mètres de large, avec une profondeur de 350 mètres.

CETTE MONTAGNE ENFLAMMÉE EST-ELLE DANGEREUSE ?

Le Piton de la Fournaise est un volcan effusif (volcan rouge). Ses éruptions, si régulières soient-elles, ne sont pas explosives. Il déverse des coulées de lave fluide, parfois abondantes, qui ne s’échappent généralement pas de l’enclos et empruntent donc un chemin dépourvu d’habitation. Certains l’appellent le volcan spectacle !
Contrairement au Vésuve (volcan gris) qui jadis ensevelit la ville de Pompéi, il ne propulse pas d’avalanches de nuées ardentes. Il gronde, mais ne détone pas. Il ne provoque pas non plus de tsunamis ravageurs en deuxième instance. À côté de monts explosifs tels que le Pinatubo aux Philippines ou le Krakatoa en Indonésie, rassurez-vous : le Piton de la Fournaise ne représente pas de réel danger pour la population.

Toutefois, il convient de se renseigner et d’être prudent. Le volcan libère du dioxyde de soufre pouvant occasionner des irritations oculaires et des inflammations de l’appareil respiratoire. Il est donc à noter que son accès est strictement interdit en période éruptive, par quelque sentier que ce soit. Un arrêté préfectoral proscrit évidemment l’ouverture de l’Enclos Fouqué au public, jusqu’à décision contraire. Aussi, il laisse place à une retombée de « Cheveux de Pelé », qui selon le sens du vent, peuvent se déposer dans les cours d’écoles, les varangues et sur les fruits et 

Fumerolles au Piton de la Fournaise lors de la phase éruptive de 2022.

légumes. Ces fibres de verre issues de la cristallisation de la lave ont l’aspect d’un filament brillant, impalpable et cassable. De fines aiguilles tranchantes provoquant l’irritation des yeux et de la peau en cas de contact. Il faut absolument éviter de les ingérer, afin de prévenir toute micro-blessure des muqueuses digestives. Gardez-vous de porter les mains à la bouche et lavez précautionneusement vos denrées alimentaires. Le risque environnemental provient du dioxyde de soufre. Ce gaz indésirable se transforme en acide sulfurique dans l’atmosphère, puis il se dépose au sol et sur la végétation, participant à leur appauvrissement. On constate cependant que la Nature reprend vite ses droits : aux abords de la route des Laves sur la côte est, on observe un jeune tapis vert flamboyant au-dessus des reflets céruléens de l’océan.

ACCÈS AU PITON DE LA FOURNAISE

PAR LA ROUTE

La première chose à faire est de se rendre au Pas de Bellecombe, porte d’entrée principale du volcan, offrant un époustouflant point de vue sur le Piton de la Fournaise. L’étape est incontournable lors de votre séjour à La Réunion. Que vous partiez de Saint-Pierre ou de Saint-Benoît, il vous faudra prendre la RN3. Dans la première option, vous traverserez la plaine des Cafres, dans la seconde, la plaine des Palmistes.

Dans tous les cas, rendez-vous à Bourg-Murat ! Depuis là, vous suivrez les indications « le volcan », sur la route du même nom.

Entre épingles et lacets, vous serpenterez dans des paysages tantôt semblables aux pâturages alpestres, tantôt semblables au maquis dans les hauteurs de Gênes. Avec un peu de chance, vous rencontrerez des papangues portés par les vents. Ces rapaces endémiques de La Réunion se sont réfugiés dans les hauts de l’île lorsque les hommes s’y sont installés. Vous aurez l’opportunité de vous arrêter sur un parking à droite, au niveau du belvédère du Nez de Bœuf, pour vivre un instant vertigineux suspendu au-dessus de la forêt de la rivière des Remparts.

Encore quelques virages avant de finalement traverser la plaine des Sables.
La vitesse n’y est pas limitée sans raison : vos amortisseurs s’en rendront vite compte ! Il y a d’énormes trous partout. Après tout, vous êtes déjà sur Mars !

Le parking du Pas de Bellecombe se trouve au bout de la route.

L’ASCENSION DU DOLOMIEU

Mieux vaut se lever tôt si vous craignez la chaleur. Vous êtes passé au-dessus des nuages et vous vous apprêtez à côtoyer le soleil ! Crème et couvre-chef sont de rigueur. Et bien sûr, vous avez prévu de quoi vous hydrater.
Il faudra 5 heures à un bon marcheur partant du Pas de Bellecombe, pour atteindre le sommet du cratère Dolomieu et revenir. La randonnée est sportive, mais pas difficile : 12 kilomètres aller / retour, avec un dénivelé positif de 516 mètres.
Vous commencerez par emprunter un escalier naturel de près de 600 marches pour franchir le rempart, et poser les pieds dans l’Enclos Fouqué. Vous passerez ensuite devant le Formica Leo, cône volcanique rougeâtre formé lors d’une éruption en 1753. À partir de là, suivez scrupuleusement le sentier balisé par des points blancs sur le sol. Vous n’aimeriez pas savoir ce qui pourrait se trouver sous vos pieds, en dehors de la piste indiquée !

SE FAIRE ACCOMPAGNER

En plus de partir en toute sécurité, faire appel à un guide spécialisé vous permet de comprendre l’histoire géologique du volcan. Passionné de randonnée et de volcanologie, ce professionnel averti connaît les différents sentiers, les points de vue insolites et les meilleurs moments pour se lancer dans l’aventure.

volkaventure.com

ayapanareunion.com

Certains proposent une expérience souterraine, à la conquête des tunnels de lave ! Une activité à part entière, encadrée par des moniteurs en spéléologie.

kokapatrando-reunion.com

Ils l’ont fait. Ils s’en sont approchés. 

Ils l’ont apprivoisé. Ou bien est-ce l’inverse ? 

Ils ont gravi le sommet et le Piton leur a montré combien nous sommes insignifiants face à la Nature, devant l’immensité d’un paysage aussi réel que fantasmagorique.  



Et vous ?

Tentés par les grands espaces ?

Numéros utiles : 

  • Secours en montagne (PGHM) : 02 62 930 930
  • Urgences : 112
  • Météo : 08 92 68 08 08 www.meteofrance.re 

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